Quel goût auront les vins de demain?

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Avait lieu la semaine dernière à Montréal la deuxième édition de Goûter aux changements climatiques — fort réussie par ailleurs — réunissant quelques conférenciers de pointe évidemment sensibles aux réalités climatiques d’aujourd’hui ainsi qu’à leurs effets sur le vignoble de demain. Le vin que vous buvez maintenant sera-t-il différent de celui qu’il vous sera possible d’apprécier dans les millésimes 2040, 2060 ou 2090 si Bacchus vous prête vie ? Il faudrait être climatosceptique pour imaginer qu’il ne le soit pas !

Il n’y a pas que Venise qui a les pieds dans l’eau. La planète entière va à vau-l’eau. Et ce n’est qu’un début, dans cette suite qui s’annonce, sinon dramatique, du moins fort différente de ce que nous connaissons aujourd’hui. Un exemple ? Selon Karel Mayrand, directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec et les provinces de l’Atlantique, la biodiversité mondiale, qui tiendrait comme une infime couche de peinture sur un ballon de basketball, pour faire une analogie avec notre planète bleue, est si bousculée qu’elle imprime déjà des bouleversements en cascades sur toute vie animale, végétale et humaine. Au point où, à l’aube de 2050, les 9,1 milliards d’êtres humains boufferont l’espace de ces autres espèces qui assurent pourtant l’équilibre de leur survie. Pas jojo, je vous dis.

Le colloque imaginé par la sommelière Michelle Bouffard a permis aux 14 intervenants invités de dégager une batterie de constats, dont plusieurs scientifiquement vérifiables. Les graphiques mis en situation sur l’état du monde par Karel Mayrand étaient à ce point déstabilisants qu’ils en donnaient le tournis. Le CO₂ relâché dans l’atmosphère ? Il équivaudrait, selon Mayrand, à l’énergie accumulée sous le couvert du réchauffement climatique à l’explosion de 500 000 bombes Hiroshima par jour, 365 jours par année. Pas surprenant que les cinq dernières années aient été les plus chaudes enregistrées avec, pour juillet 2019 seulement, l’année la plus chaude de tous les temps. « Nous sommes entrés dans une ère de conséquences », disait l’homme. L’une de ces conséquences ? Le mot « jovialiste » retiré des dictionnaires si la neutralité carbone n’est pas atteinte d’ici 2050 !

Doit-on s’alarmer pour autant ? Ce n’est pas parce que les autruches ne boivent pas de vin qu’il faut regarder la caravane climatique passer sans bouger le petit doigt. Le vin que vous buvez n’est déjà plus ce qu’il a été ni ce qu’il sera. Bon, je sais, personne ne boit de romanée-conti, mais pourriez-vous tout de même imaginer une seconde cette icône vinifiée avec du nebbiolo au lieu du pinot noir dans un siècle ?

C’était la boutade plus que réaliste lancée par le généticien José Vouillamoz (coauteur de WineGrapes, entre autres), dont le constat sur le terrain végétal est plus que troublant. Selon cette sommité, l’ensemble des biodiversités locales seules pourront garantir, avec un choix de cépages indigènes anciens, des clones variés, une sélection spécifique de porte-greffes adaptés aux régions ou une multiplication génétique ciblant au cœur telle ou telle maladie (oïdium, mildiou etc.), une pérennité au vignoble. Une saine biodiversité demeurant au préalable la condition sine qua non pour asseoir toute démarche en ce sens.

Le goût amer des changements climatiques n’est pas non plus la tasse de thé du Catalan Miguel A. Torres, qui s’emploie, pour sa part, depuis 2007 à investir 11 % des profits de son entreprise dans la cause environnementale, en plantant, par exemple, 200 hectares d’arbres par an au Chili. Une gestion précise d’énergies renouvelables dans son coin de Catalogne, dont les températures ont augmenté de 1,2 °C depuis 50 ans a déjà fait chuter du quart l’empreinte CO₂ par bouteille depuis 10 ans. Replantation, irrigation, taille, mais aussi recherche de cépages anciens en collaboration avec l’INRA français sont au programme.

« Le monde du vin peut faire sa part pour la suite des choses, mais que veut l’industrie? Une productivité accrue, faire moins mais mieux ? » s’interrogeait le « Master of Wine » Jérémy Cukierman. L’amertume est peut-être l’une des cinq saveurs élémentaires, mais ce n’est pas une raison pour qu’elle assombrisse la suite du monde…

22 Novembre 2019

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