Le riesling allemand: un diplomate habile mais contrasté

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Comme les particules, il y a les saveurs élémentaires. Le sucré, par exemple, comment y résister ? L’acidité, ensuite, moins sexy, certes, mais peut-on s’en passer pour autant ? Le salé, l’amer et l’umami, enfin, difficile de nier leur contribution à l’équilibre d’ensemble. Bref, in-dis-so-cia-ble, tout ça ! « Un grand tout », dirait le grand manitou.

Prenons maintenant le cas du riesling allemand. Mais simplifions. Ou plutôt schématisons. Dans les cases « sucré » et « acidité », plaçons déjà le fruit. À maturité, ce fruit est à la fois naturellement sucré et acide. Que voulez-vous, il est comme ça quand vous en croquez une baie à même la vigne.

Les trois autres saveurs ? Toujours en simplifiant, disons qu’elles relèvent de la case « terroir », cette espèce de catapulte organique et tellurique nourrissant le fruit pour le sublimer au sommet. Vous me suivez ?

Parlons riesling allemand, maintenant. Très sensible à nuancer à l’extrême les subtilités inhérentes aux nombreux terroirs de la Nahe, de l’Ahr, du Rheingau ou de la Moselle, par exemple, le voilà plus disert encore à jouer d’équilibre ces notions de sucré et d’acidité qu’il intègre aussi naturellement à sa personnalité que le ferait un diplomate de carrière lors d’une rencontre protocolaire.

Il est comme ça, le riesling germanique : habile, mais contrasté. Une mécanique essentiellement articulée autour de deux pôles entre lesquels le vertige ne peine même plus à se justifier. De quoi vous donner des fourmis dans les joues, aurait dit Salvador Dalí !

Fin de saison glorieuse pour les Amis du vin du Devoir qui se frottaient au grand, oui, je dis bien, au grand riesling allemand tout dernièrement. Fait cocasse : pas un seul pinot noir disponible en tablettes actuellement. Vraiment dommage, car ils peuvent être très racés. D’ailleurs, si vous avez la chance de dénicher les grandissimes pinots noirs fichés dans des ardoises bleues (blauschiefer) et argiles grises d’origine volcanique des jeunes soeurs Dörte et Meike, au Domaine Mayer-Näkel, dans l’Ahr, eh bien, n’hésitez pas une seconde !

À noter que 50 % des bouteilles étaient coiffées d’une capsule à vis. J’ai dû cependant déboucher une troisième bouteille du Riesling Spätlese Norheimer Kirschheck 2013 de la maison Dönnhoff, le lendemain de la dégustation, car elle ne semblait pas avoir été à la hauteur la vieille, d’où la note basse affichée pour la moyenne du groupe.

Fritz’s Riesling 2013, Gunderloch, Rheinhessen (15,65 $ – 11389015) : la maison n’y est pas allée par quatre chemins pour se faire voir et se faire boire. Une étiquette décomplexée d’une grande clarté, un rapport qualité-prix rarement proposé sur le marché et une combinaison heureuse où le fruité et l’acidité taquinent et chatouillent très habilement une pointe de sucre résiduel qui, lui, rit aux larmes. Simplement… bon. (5)★★1/2 Moyenne du groupe : ★★1/2

Von Unserm Riesling Trocken 2013, Reinghau, Balthasar Ress (20 $ – 12510788) : comme il se doit pour cette maison, discrétion princière, en demi-tons, où se joue la nuance et où se combinent les allégeances. Un riesling pur, net, plutôt sec, qui suinte déjà la roche ; pas très large ni profond, mais éduqué avec les bonnes manières, dissimulant son fruité derrière le minéral qui à son tour cède le pas au fruité dans une espèce de valse infinie. Un modèle d’équilibre ! (5)★★★ Moyenne du groupe : ★★★

Riesling Rüdesheimer Trocken 2013, Leitz Weingut, Rheingau (19,80 $ – 11688402) : derrière les nuances vertes de la robe, le caractère bien trempé du riesling qui sait aussi séduire par ses étonnantes et délicieuses notes de rose blanche et de muguet. Un blanc d’excellente tenue, sec et vertical, doublement nourri par son terroir bien exposé et son fruité aussi précis que substantiel. À ce prix, une affaire ! (5)★★★ © Moyenne du groupe : ★★★1/2

Riesling Kabinet Bockenauer 2013, Schäfer-Frölich, Nahe (31,25 $ – 11905649) : au-delà de la robe or pâle, une intensité faite de densité, d’expression solaire et de traces de fumée qui donne rapidement l’impression d’un terroir irascible et rageur. La bouche propose une richesse fruitée rapidement prise en otage par un contraste sucre-acidité des plus saisissants. Longue finale racée. Magnifique ! (10+)★★★1/2 Moyenne du groupe : ★★

Bürgengarten Riesling Trocken 2012, Müller-Catoir (45,25 $ – 11163631) : pointe d’évolution sur la robe, puis un nez puissant, lente montée de lave aromatique froide hors d’un cratère minéral volcanique qui prend sans cesse de l’expansion. Très peu de sucres résiduels en bouche, mais une poigne, une force, une sève puissante évoquant le miel, le pain d’épice et la pomme, le tout culminant sur une large et longue finale où se dessine finement l’amertume. Un riesling de gastronomie où les truffes sont à l’honneur. (5+)★★★★ © Moyenne du groupe : ★★★1/2

Riesling Kabinet Hölle 2012, Künstler, Rheingau (32 $ – 11607596) : du grand, du très grand riesling ! Sculpté au scalpel à même l’argile et des éclats dispersés puis regroupés sous une même sève, une même tension. Maturité, rayonnement, complexité, puissance et textures sur un milieu de bouche ascensionnel et une finale digne d’un grand cru. Sa dimension et son volume le destinent à des viandes blanches et des poissons en sauce. J’adore ! (10+)★★★★ © Moyenne du groupe : ★★★★

Riesling Spätlese Norheimer Kirschheck 2013, Dönnhoff, Nahe (47,25 $ – 12587881) : derrière une robe lumineuse, des arômes intenses, multipistes, d’une clarté, d’une résonnance absolues. Mais c’est en bouche que se livrent et se superposent vivacité, salinité et sucrosité sur un ensemble qui oppose tension et richesse, le bleu acier et l’orange chaude et parfumée. Très long. Grand terroir ! (10+)★★★★ Moyenne du groupe : ★★1/2

Selbach Oster Riesling Auslese 2012, Zeltinger Sonnenhur (41 $ – 10750809) : pas le moindre compromis à l’horizon. Du minéral il naît, de minéral il vit, et au minéral il retourne avec, ponctué entre schistes et ardoises, un fruité si lumineux qu’il aveugle. Un blanc de tous les contrastes, à la fois immense et subtil, extroverti mais sobre, riche mais fin, d’une éternelle longueur saline en finale. Un bijou d’inventivité ! (10+)★★★★ Moyenne du groupe : ★★★★

 

Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2015. Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.

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