Fascinant tawny, ce grand muté portugais

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Le temps est son allié. Un précieux allié. Un allié qui le lie jusque dans son ADN pour mieux le lire ensuite sous ses ors fauves et flamboyants, à l’automne d’une vie dont les rides apparentes demeurent encore son plus bel atout.

Car voilà, en ces époques où vouloir demeurer jeune coûte que coûte est de loin l’ultime panacée universelle, il s’assure, lui, de la complicité du temps pour lustrer et détailler sa patine afin de mieux briller au sommet. Qui est-il ? Le porto tawny.

À la fois une couleur et un style, ce grand muté portugais, né d’une part d’alcool neutre et de jus tout juste fermenté de cépages uniques fichés dans les ardoises chauffées à vif des terrasses du Douro, toise de haut ces jeunes portos vintages que le séjour sous verre adoubera tardivement.

Le porto tawny est en ce sens le plus portugais des vins, car c’est en fût, au Portugal, qu’il respire pour mieux s’inspirer des lieux qui l’ont vu naître.

Ce n’est que 10, 15, 20, 25, 30 ou 40 ans plus tard que rayonnera, sous le sarcophage scellé et immuable de la bouteille, cette sagesse née et nourrie à même la complicité du temps et du fût, ses alliés de toujours.

En ce sens, le porto tawny est à l’envers des modes et à l’opposé des styles de consommation. Un produit qui, à l’instar du sauternes, par exemple, fait incroyablement ringard et démodé pour quiconque carbure aux vins de soif chronométrés pour être éclusés entre deux clics sur ces téléphones que l’on dit bêtement si intelligents.

Car, avouez-le, à quand remonte votre dernière dégustation de porto tawny ? À 5, 10, 15… 20 ans déjà ? J’exagère, oui, mais tout de même. Allons-y d’exemples concrets. Des exemples pratiques. Prenez ce Porto Tawny Feist Colheita 1998 à 34,25 $ (00734632 – (5) ★★★★). À ce prix.

L’équivalent d’un demi-plein d’essence mais un carburant nettement plus exaltant sur le plan de l’indice d’octane du bonheur. Les hydrocarbures en moins.

Le slow wine

Un porto de 17 ans d’âge pour une mise en bouteille en 2015. Imaginez maintenant que vous habitez et payez un loyer dans un tout-meublé depuis 17 ans maintenant. Trouveriez-vous exagérée cette augmentation de loyer plafonnée à seulement 49 sous (!) par année depuis le premier jour de votre location ?

C’est pourtant à ce type d’immobilisation foncière en fût, à l’opposé de toute logique de rendements boursiers, que sont confrontés ces bijoux de pure oisiveté organoleptique. Le slow wine par excellence.

Et puis il y a le vin. Un vin devenu une boîte de Pandore tant le bon génie qui, depuis près de deux décennies, a patiemment astiqué jusqu’à plus soif son discours du trône à l’ombre des douelles froides et humides, pour mieux se libérer et s’habiller de cette lumière chaude, chatoyante et chaleureuse devenue… vin.

L’église catholique parlera sans doute de transsubstantiation, moi je veux bien parler de transe aux milles sensations !

Vin de nez pris en otage par des fragrances capiteuses et terriennes où cèdre, gingembre, épices, dattes, noix et tralala jouent de l’archet sur une bouche vivante, émancipée, colorée, ascensionnelle, saline et sensuelle, une bouche digne d’un concerto pour violoncelle de Camille Saint-Saëns.

Un vin, surtout, qui a trouvé l’équilibre serein entre ce volet oxydatif ouvert aux quatre vents et un fruité fusionné qui en alimente encore discrètement la trame vineuse, comme un marionnettiste habile à tirer finement les ficelles du temps. Servir frais, au creux d’un canapé, en ronronnant avec votre chat (chatte) préféré.

 

Les Douro Boys

Passons de 110 grammes de sucre au litre à deux grammes ou moins au litre, car ce serait vraiment trop bête de quitter le Douro sans un détour du côté des vins secs qui y sont produits avec une étonnante régularité qualitative depuis plus d’une décennie maintenant.

Les Douro Boys ? Avant tout, des amoureux de leur Douro chéri et membres de cinq maisons pas piquées des hannetons, à savoir Quinta do Vallado, Niepoort, Quinta do Crasto, Quinta Vale D. Maria et Quinta do Vale Meão.

Des hommes (et pas seulement des garçons) derrière qui il y a, bien évidemment, une femme plus grande encore, et dont l’ambition est de mettre sur un même pied les qualités d’un porto comme d’un vin sec avec lequel il partage les mêmes cépages, qu’il soit rouge ou blanc.

Depuis 2003, les Guilherme Ribeiro Alvares, Dirk Niepoort, Jorge Roquette, Cristiano Van Zeller et Francisco Olazabal échangent, supputent, s’interrogent, s’enrichissent mutuellement, mais surtout font la fête aux magnifiques terroirs du Douro et font la fête entre eux, au coeur même du long fleuve tranquille.

Passage éclair à Montréal des boys, donc, la semaine dernière, avec leurs « secs » dans leur baluchon, des secs dont le plus grand défaut réside sans doute dans le fait qu’ils disparaissent trop rapidement des tablettes tant l’amateur d’ici est à l’affût.

Comme il y aurait tant à dire sur la production de chacun d’eux et comme je me promets d’aller éventuellement sur place fouiller le terroir en leur compagnie, je vous fais part ici de la disponibilité d’un vin commenté par maison.

Quinta do Vallado. Douro Rouge 2012 (18,65 $ – 10540 289) : une vibration pure et authentique du sous-sol et la preuve qu’on peut offrir, même avec une production de 300 000 bouteilles, une fidélité aussi infaillible qu’éloquente du terroir local. Fruité vivace et fluidité saline sur une trame longue et soutenue. (5) ★★★. [Voir aussi : Sousao 2012 à 37 $ — 12159300 – (10 +) ★★★1/2 © et Reserva Field Blend Douro 2012 à 41 $ (10540271 – (10 +) ★★★★ ©).]

Niepoort. Dialogo 2013 (17 $ – 12098033) : j’écrivais ceci ici même en mars dernier : « Désolé, d’abord, si tout le monde s’est passé le mot, mais l’affaire est belle, éblouissante même. C’est à se demander pourquoi de tels petits bonheurs fruités n’arrivent qu’au compte-gouttes à ce prix ! L’ambiance est juvénile et festive, vigoureuse et permissive, pleinement délectable avec son tanin visible mais ô combien appétissant ! » (5) ★★★ © [Voir aussi : Batuta 2009 et 2010 à 82,50 $ 910912071 – (5 +) ★★★★ ©.]

Quinta do Crasto. Flor de Crasto 2013 (14,90 $ – 10838 579) : pas de bois, que du fruit, et du bon. C’est solide, vivant, homogène, doté d’une mâche appréciable. (5) ★★1/2. [Voir aussi : Crasto Douro Rouge 2014 à 18,45 $ (10486921 – (5 +) ★★★ et Reserva Old Vines 2012 à 37 $ (904383 – (5 +) ★★★1/2 ©.]

Quinta Vale D. Maria. Douro Rouge 2010 (48 $ – 10540262) : cette sélection de vignes complantées dans le vignoble puis vinifiées ensemble au chai est étonnante de densité, mais aussi de finesse. Épaisseur magistrale pour un rouge stylé, doté d’une noble amertume et d’un élevage sophistiqué, (10 +) ★★★★ ©.

Quinta do Vale Meão. Meandro 2012 (24 $ – 11816574) : il ne reste que quelques bouteilles de ce rouge coloré, profond, intense, vivace et hautement savoureux. Gardez l’oeil ouvert, cependant ! (5) ★★★. [Voir aussi en I. P. au 514 989-9657, ext. 225, l’extraordinaire cuvée 100 % touriga nacional Monte Meao, d’une clarté, d’une profondeur, d’une consistance à littéralement couper le souffle ! Top ! Environ 55 $ – (10 +) ★★★★ ©.]

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