Réflexions d’un amoureux du vin sur le foie et la morale

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Pas de chronique de vin aujourd’hui. Pourquoi y aurait-il d’ailleurs une chronique avant le 28 février prochain alors qu’il est vociféré dans le réseau social actuel que nous vivons, vous et moi, un formidable mois sans la moindre goutte d’alcool ? « Hein, ça la fout mal votre chronique de pinard quand il y a 28 jours d’abstinence ! » me lançait à la blague un Français de France accoudé au bar d’un chic bistrot du Plateau la semaine dernière.

Ça la fout mal l’ami, lui dis-je entre deux gorgées bien tassées d’une Dubbel aux fleurs de sureau de la microbrasserie Au Frontibus, une « bière rusée gaspésienne » qui ruse elle-même d’imagination pour vous mettre sournoisement en piste pour une deuxième bouteille. Mais voilà, tout amateur de vin qui se respecte ne boit qu’une bière, une seule, mais la bonne, après sa journée de « goulot » au travail.

Le type en question semblait tout de même surpris que je lui apprenne que je rédigeais incontestablement la chronique la plus dangereuse de tout Le Devoir ! Dangereuse oui, car qui, des sports comme à l’éditorial, en passant par les sections livre, cinéma, théâtre, musique, arts visuels, voyage, zeitgeist et autres, doit se coltiner chaque semaine à cette molécule mortelle qui est celle de l’alcool ? Faudra bien un jour que j’informe Brian Myles de la pénibilité de mon devoir !

Mortelle, la molécule, vous avez bien lu. Le corps scientifique au grand complet, ainsi que mon propre père médecin, qui m’initiait pourtant au Vosne-Romanée 1er cru « Aux Malconsorts » 1961 de chez Cathiard-Molinier à l’âge de 12 ans, sont impitoyables sur le sujet : l’alcool tue.

Les Grecs anciens, qui se réunissaient lors de symposiums pour prendre les décisions éclairées pour la cité sous le couvert de libations particulièrement dionysiaques, auraient dû se méfier. Ils en sont morts aussi. Il faut bien quelqu’un pour faire le boulot, dirait le sacristain en éclusant en cachette des burettes gorgées de vin doux de Chypre.

« Épidémie de moraline ? »

La fonction crée l’organe, c’est bien connu. Mon organe à moi, c’est le foie. Pas celui en tranches minces sauté aux petits oignons et accompagné (déglacé), en blanc, de la superbe cuvée Terre du Lias 2016 de Julien Mareschal au Domaine de la Borde en Arbois Pupillin (42,50 $ — 12886494 – (10+) © ★★★★) ou, en rouge, du Pinot noir 2017 Saint Clair de Nouvelle-Zélande (23,95 $ – 10826543 – (5) © ★★★), non. Quoique…

Le vrai foie, celui qui joue avec le feu, mais autrement. Cette grosse glande à deux lobes située près du poumon droit et du cœur, un organe laborieux et silencieux qui travaille dans l’ombre, loin du tumulte dont il fait pourtant l’objet avec ce mois « Zéro alcool » que nous traversons.

Pourquoi soudainement s’y intéresser une fois par année ? N’y aurait-il pas là comme un relent de maccarthysme, une « épidémie de moraline » comme le soulignait Christian Rioux sur un autre sujet de société dans l’édition du 1er février dernier ? Avec une SAQ qui génère plus de trois milliards de beaux dollars de vente nets annuellement, il n’y a que les autruches qui prennent un coup à ce compte-là !

Soyons sérieux. À ce verre à moitié vide que revendique une certaine forme d’hygiénisme des temps modernes, j’incline pour ce verre à moitié plein qui, loin des modes, des chapelles, des courants et des idéologies, confère ce degré de civilisation qui fait de moi l’homme que je suis. Un homme responsable ? Trop cliché. Plutôt, un homme de mesure, simplement.

À chacun sa tasse de thé. Mais sans le moindre nuage de lait. Le peintre des nuits folles parisiennes Henri de Toulouse-Lautrec ne s’y était pas trompé à l’époque : « Je boirai du lait quand les vaches brouteront du raisin ! » Un mal pour un bien, car le mouvement végane actuel trouvait là son premier adepte !

 

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