Les AOC, toujours pertinentes?

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J’arrivais jusqu’à maintenant à m’y retrouver parmi plus de 300 appellations d’origine contrôlée françaises (AOC). Grâce à elles, je pouvais circonscrire géographiquement les nombreux vignobles du territoire, prendre connaissance des cépages qui y étaient cultivés, des règles de production communes codifiées et surtout, saisir cette fameuse « typicité » qui se dégageait des cuvées à la suite de l’agrément de passage effectué par un comité de dégustation.

Une chatte n’y retrouverait pas ses petits aujourd’hui. Et que penser des Joseph Capus, Pierre Le Roy de Boiseaumarié et autres Édouard Barthe qui, dès 1936, jetaient les bases d’une première classification, laquelle allait aboutir, en raison du décret du 16 juillet 1947, à poser les jalons de l’institut national des appellations d’origine des vins et des eaux-de-vie (INAO) ? À l’image des sceptiques, ils en seraient aujourd’hui assurément confondus !

Près de 85 ans plus tard, alors que la législation européenne harmonisait le tout en créant la distinction entre AOP et IGP, respectivement appellation d’origine protégée et indication géographique protégée (anciennement « vin de pays »), il apparaîtra sans doute plus que jamais déroutant au consommateur de se faire une idée de ce qu’il boit. D’autant plus qu’à l’heure où la dénomination « vin de France » (VDF), créée en 2009 sans la moindre indication géographique à la clé, n’est pas non plus pour éclairer la lanterne du buveur en question.

Vin de France : une boîte de Pandore

Concentrons-nous sur ce label vin de France. Un label VDF que l’on pourrait aisément troquer pour celui de AOLI (pour audace, originalité, liberté, imprévisibilité) tant il remet sur la table la pertinence d’une réglementation adaptée à l’évolution de la filière vin en 2020. Cette boîte de Pandore que sont les VDF sonne-t-elle pour autant la fin de la récréation des AOC ? Ces dernières sont aujourd’hui mises à rude épreuve.

Il faudrait déjà voir pourquoi nous en sommes arrivés là. Originellement, la création des AOC au siècle dernier avait pour but de débusquer le coquin responsable de tromperie sur la marchandise (vins médecins, cépages améliorateurs, etc.), mais aussi de reconnaître et de renforcer la qualité d’un produit à l’intérieur d’une zone précise, le tout en fonction d’un cahier des charges précis (type de cépages, rendements, méthodes de culture, etc.). Une espèce « d’assurance qualité-goût » en quelque sorte destinée à un consommateur rassuré tout autant par la traçabilité du produit que par une idée passablement précise de ce que le vin allait goûter.

Quel a été le point de bascule qui a ouvert la porte à la méfiance de ce même consommateur envers les AOC ? Entre autres, ce laxisme qualitatif perpétré par des vignerons qui, tablant sur le prestige du fameux label, se sont trop souvent cantonnés dans le médiocre tout en ronronnant d’aise en passant au tiroir-caisse pour mieux vendre leur salade. Une situation qui ne serait pas étrangère à la désaffectation du véritable amateur de vin. Mais il n’y a pas que cela.

Les règles strictes des AOC ne sont visiblement plus en phase avec l’engouement des consommateurs pour ces vins nature issus de l’agriculture biologique révélés par une nouvelle génération de vignerons pour qui l’audace, l’originalité et la liberté confèrent un vent de fraîcheur à une production artisane, hors du cadre sclérosé et trop souvent déconnecté des législations actuelles.

Un exemple ? Ce fameux agrément délivré par un comité d’experts dans le but de rendre compte du caractère organoleptique précis d’un vin — cette fameuse typicité ! — à l’intérieur d’une AOC respective. Pas surprenant que bon nombre de vignerons « recalés » à la suite de l’agrément aient tourné le dos aux AOC pour souscrire à cette proposition audacieuse, originale et libre de livrer le meilleur vin qui soit, quel que soit le cépage, le terroir ou tout autre mode de production. Pour le meilleur mais aussi pour le pire, comme le montre cette notion d’imprévisibilité qui témoigne encore ici et là d’une production parfois brouillonne. Mais les choses bougent !

14 février 2020

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